André Le Du - Tregain

Je suis né en 1958 à Quimper.

J'ai commencé à la maternelle, à Sainte-Anne puis Saint Pierre à Briec en primaire.

La maternelle était à Sainte-Anne gars et filles en même temps et le primaire, c'était les gars à Saint-Pierre et les filles à Sainte-Anne. Et moi, je suis parti en sixième au petit séminaire à Pont Croix.

J'ai eu un bac D. math physique avec plus de sciences naturelles en 77 et après je suis allé faire un BTS technique agricole et gestion de l'entreprise à Rennes. 

J'ai commencé à travailler à Briec, dans une ferme pour remplacer un collègue qui partait faire un stage aux Pays Bas.

Puis j'ai été embauché comme contrôleur laitier au Syndicat départemental des contrôles laitiers. C'est un organisme de développement technique agricole. J’ai arrêté en 84 parce qu'en fait les quotas laitiers sont arrivés. La direction allait devoir licencier. J’ai proposé de partir parce que bon voilà, moi je savais que je pouvais trouver du boulot ailleurs. Je suis rentré à la maison, j'ai dit à mes parents, j'ai démissionné de mon boulot. C'est très bien. Moi je prends ma retraite a dit mon père et ma mère a dit moi j'arrête aussi, J'ai travaillé assez.

Il a fallu le temps de préparer tout ça. Ça a pris 6 à 8 mois et je me suis installé le 1ᵉʳ avril 1985. 

Quand on s'est installés, il y avait 40 hectares avec 20 hectares de maïs, dix hectares de blé, cinq hectares de Ray-Grass d'Italie de printemps et cinq hectares de Ray-grass d'Italie d'automne, enfin que des cultures! Sur 42 hectares, il y avait 40 hectares de cultures.

Il y avait des vaches et des taurillons. Mon père préférait les taurillons. Et puis les rendements des maïs baissaient. De toute façon, moi, je préfère les vaches laitières. 

30 vaches multiplié par 1000 kilos de maïs par jour, multiplié par 120 jours, ça fait 36 tonnes de matière sèche divisée par neuf tonnes, ça fait quatre hectares.

Donc, l'objectif c'était de diminuer la part de maïs parce qu'il poussait mal. Il n'y avait pas de bons rendements.

Progressivement on a diminué la part de maïs dans l'assolement. Et en 89, on était arrivé à quatre hectares. L’objectif est atteint cinq ans plus tard. Sauf qu'en 89, c'était l'année la plus sèche qu'on a eue à la maison. Le maïs était raté, magistral. Mais là, on s'est dit que s’il n'y avait pas eu de maïs, ça n'aurait pas été pire. Donc en 90, nous n'avons pas semé un grain de maïs. 

On avait des taurillons, on est passé à des taureaux à l'herbe, ça n'a pas marché. Et puis on a transformé les taureaux à l'herbe, en vaches allaitantes à l'herbe. 

Sans maïs, le travail est allégé puisqu'il n'y a pas à labourer tous les ans, ce n'est pas le même travail. Il faut mettre du fil, faut sortir les vaches quand il pleut, il faut aller chercher les vaches sous la pluie, faut marcher. 

En fait, quand on va dans les champs en haut, comme je disais tout à l'heure, là où il n'y a pas d'eau, il y a des cailloux. Ben oui, la terre ici ce n’est pas une terre à culture. Quand on fait des cultures sur des terres qui ne sont pas prévues pour pendant un certain nombre d'années, au bout d'un certain temps, les rendements chutent. Même ceux qui y mettaient force, lisier, nitrates, tout ce qu'on veut, le maïs dans le haut de la parcelle n’était plus bon.

Du coup, on a mis en place un système herbager bien géré. On n’a plus besoin de pesticides, plus besoin d’ammonitrate.  Donc on est d'abord sorti des pesticides et puis après en 91, on était certifié bio.

Ce n'est pas qu'on a fait un choix politique, c'est parce qu’on s'est adaptés. Et puis on a vu que plus il y avait de l’herbe, moins on travaillait et les rendements s'amélioraient.

On avait des prairies de fauche et puis finalement, on a arrêté les prairies de fauche, on a mis tout en pâturage.

En 95, on a fait des échanges de terrain pour regrouper. En 98, il y a le cousin qui a arrêté, on s'est agrandi. On est passé de 42 hectares à 62 hectares. On a repris toutes les prairies humides. 

Grâce aux talus sur la ferme, j'ai fait du bois pour notre propre usage, j'avais trois poêles à fournir. Maintenant on en fournit quatre et demi ou cinq.il y a douze kilomètres de haies sur la ferme. On en a implanté quatre kilomètres mais à plat.

Les gens qui mettent des talus puis qui ne changent pas la pratique, ça ne sert pas à grand-chose. 

Mes parcelles font maximum quatre hectares. On a mis en place un système de grands paddocks avec beaucoup de pâturage qui fait que le besoin en main d’œuvre est moindre.

La plupart des gros travaux sont faits par l'entreprise. Parce que ça ne vaut pas le coup d'investir, avec le peu de culture il y avait entre huit et dix hectares de culture par an.

C'est le même principe que la CUMA comme on avait plus de maïs, plus d'ensilage on a été de fait exclus des équipes de travail.

On a un tracteur, une remorque, un vibro et tout le matériel pour faire le foin.

Aujourd'hui on laboure au maximum quinze hectares. Le tracteur, c'est un 65 cheval. On a besoin d'un tracteur pour rentrer, du foin pour changer de place aux bottes pour traîner une remorque qui fait sept tonnes. On a donc pris un tracteur en CUMA, c'est quand même utile pour déplacer les grosses remorques. Mais il n'y a pas de matériel ou il n'y a pas de besoin. Il y a des matériels qu'il faut avoir pour faire du foin.

La faneuse et l’andaineur qui sert souvent, la barre de coupe pour les parcelles qui sont humides. Il faut savoir comment faucher. Ce sont les matériels achetés neufs de la ferme. Là, ils ont un peu d'âge. Il y a une auto chargeuse pour rentrer le foin qui n'as pas servi beaucoup depuis qu'on l'a acheté, le matériel de semis achetés d'occasion.

Je n’ai acheté que des tracteurs neufs, ça coûte un peu plus cher, mais c'est une garantie. 

On a investi en 1991 dans une installation de séchage en grange, c'était la première dans le département.

La griffe à foin roule toujours, le ventilateur est toujours là. Bon, il y a de temps en temps un petit peu de réparations à faire. 

En récolte, on ne gagne pas forcément beaucoup de temps. Aujourd'hui, la question se pose, de soit on peut faire sécher naturellement sur le champ parce qu'il fait beau, soit on n'a pas le temps de couper parce qu'il pleut.

Par contre, après pour la distribution en hiver, on peut le faire en chaussons puisqu'on est à l'abri. Et pour distribuer à 40 vaches, ça me prenait sept minutes chrono en main. C'est une installation prévue pour 40 vaches. Avec une ration, on va dire sur quatre mois de l'année. 

Une journée type, On va chercher les vaches, on les trait, on les sort. On donne à manger aux bêtes du foin de l'an et de l'année. Voilà, ça prend de quatre à 5 h par jour.

La traite, c'est une machine que certains qualifient d'archaïque qui marche bien, suivant comment on est énervé cela prend entre une demi-heure et 50 minutes.

La production de la ferme, c'est le lait principalement. Il y a des bêtes à viande. À la fin, on faisait pas mal de veaux de boucherie. On en a fait jusqu'à 20 par an vendu à la boucherie Ménez. Nous avons fait quelques brebis aussi en vente directe.

On était complètement atypiques donc on a appris à se débrouiller tout seul. Alors psychologiquement, ça a été un peu difficile. Mais bon, après on va dire les amis, on les a trouvé ailleurs. On a gagné notre croûte, on a vécu.

On s'aperçoit que quand on arrête des pesticides, trois ans après le terrain change.

Ce n’est pas perceptible, mais le terrain se porte mieux. Au bout de cinq ans, ça se voit.  Au bout de dix ans, on voit encore des changements, au bout de quinze ans encore. Au bout de 20 on voit encore des changements.

Les pesticides appauvrissent le terrain. Ils réduisent la vie microbienne, changent plein de choses. Mais ce n’est pas irréversible. 

Pour la commercialisation le lait c’est Biolait, pour la viande, la boucherie Ménez

On avait un autre groupement de producteurs BVB Bretagne viande bio pour les grosses bêtes.

Nous, on a toujours été en filières longues. 

On ne voulait pas que nos gamins soient tout seuls à la maison. Il y avait du boulot pour deux à temps plein.

On a monté deux crèches et participé à la création d’un centre aéré.

La première fois, c'était en 86 à Châteaulin On cherchait des gens pour faire une crèche. Puis les aînés étaient à l'école à Briec donc en 91 l'occasion s'est présentée à Briec. Ce n'était pas réservé exclusivement aux enfants d'agriculteurs.

J'étais représentant de la Confédération paysanne pendant un certain nombre d'années à Paris et je continue à participer encore à des réunions.

A certains moments, c'était une fois par semaine à Paris pour l’Institut technique de l'agriculture biologique. Recherche. Expérimentation. Développement technique appliquée.

J'ai fait administrateur, président, trésorier et président de la commission élevage pendant seize ans et demi.

 On avait un site expérimental dans le cadre du Plan de développement durable du Finistère, une dizaine de fermes de différents secteurs de 1992 à 1998. Il y avait 19 sites ou 20 sites en France et trois sites qui dominaient : le Finistère, la Manche et la Drôme.

C'est il y a 30 ans des programmes nationaux qui étaient faits pour recenser les alternatives à l'agriculture conventionnelle.

Au niveau syndical, il y a deux tendances, il y a deux axes, il y a l'axe effectivement revendicatif et il y a l'axe institutionnel. Moi, je suis dans l'axe institutionnel, je continue encore un peu à aller à Paris. 

Après 25 ans passés sur l’exploitation, Catherine, suite à des problèmes de santé, doit opérer une reconversion et intègre le trésor public où elle est toujours en activité. 

J’ai pris ma retraite à 62 ans passés et surtout 167 trimestres, Il me manquait des trimestres. Donc je les ai rachetés.  Quentin poussait depuis un bout de temps, il a fallu trouver un terrain d'entente. En même temps, s'installer à 20 ans pour nous ce n’est pas une bonne solution. Il vaut mieux aller voir un peu ailleurs ce qui se passe.

Quentin a trainé ses guêtres pendant dix ans avant de s’installer. Donc c'est une décision bien réfléchie de prendre la suite.

Pour la transition, ça a été réglé très vite. Je me suis retrouvé en arrêt de travail, un accident sur la ferme. 

A ceux qui veulent devenir agriculteurs, je dirais d’aller voir ailleurs déjà comment ça se passe. Ensuite, on apprend sur le tas. Il y a aussi sa propre pratique parce que ta pratique, elle dépend de l'endroit où tu es : question de bon sens. 

Le réchauffement climatique, il est là. L'épuisement des énergies fossiles, il est là. On ne pourra pas produire de la même façon. Le modèle que l'on connaît ici, en Europe ou en France, c'est, je crois, 5 % de la population agricole mondiale.

Il y a 25 % des agriculteurs qui ont un moyen de traction. Il y en a 75 % qui sont à la main. Ils n'ont pas le choix. Donc à un moment donné, est ce que le modèle à 10 % a de l'avenir ou pas? C'est une question. Et nourrir la planète? Ben on a montré que ça a ses limites.

Le rôle des agriculteurs concernant l'environnement, c’est le rôle qu'on voudra bien leur donner. Ce n’est pas quel rôle ils vont prendre, c'est quel rôle on voudra bien leur donner.

Et donc une agriculture plus simple, des relations plus simples 

C'est d'abord un terrain de pratique agricole. Le zéro pesticide et le zéro nitrate, ça change beaucoup. Mais bon, ce n’est pas encore rentré dans les mœurs.  En 1990, les pouvoirs publics se sont rendu compte qu'ils faisaient fausse route. Donc depuis, ce n’est pas facile de faire changer de cap au gros bateau. 

Tous les ans on partait en vacances, Au début, c'était mes parents qui me remplaçaient, puis quelques années plus tard, mon père ayant eu des soucis de santé, ça s'est arrêté j’ai toujours trouvé des remplaçants.  On partait une semaine, quinze jours quand les enfants étaient jeunes. Avec les quatre, on allait en pension complète. Ça me permettait de souffler un peu.

Et puis après c'est le temps. C'était les enfants qui faisaient le remplacement Les enfants ont tous fait du remplacement. Ils savent tous traire les vaches.

 

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