Monique Le Grand - Kerhaérec

Je suis née Monique Tallec le 5 /11/ 43 à Briec et j’habite maintenant Rue des Prairies à Briec.

J’ai habité très longtemps à Kerhaérec sur l’exploitation agricole.

Après mon BEPC, j’ai fait une formation d’aide-comptable et ai exercé comme aide-comptable dans une entreprise (Foucher à Quimper). A Kerhaérec, mes parents agriculteurs, Perrine Le Berre, née en février 1905 et Jean Tallec né en août 1899 ont eu 8 filles.

Mes grands-parents avaient eu 13 enfants ! Ils étaient propriétaires de deux fermes : Poul an Noc’h et Kernon. La ferme de Poul an Noc’h a été donnée à Marie, la fille ainée et la seconde à Jean le frère aîné. C’est ainsi que se faisait la transmission autrefois. Les autres enfants ont perçu une petite somme laissée à la disposition des deux aînés jusqu’à la majorité des autres, sans intérêt. La transmission du bien agricole n’est pas égalitaire.

Mes parents Perrine et Jean n’ont jamais été propriétaires. Ils se sont installés en tant que locataire en 1928, à leur mariage à Kerhaérec et ont connu dès l’année suivante la crise de 29.

Mes sœurs, tantôt commerçante, couturière, ou ouvrière d’usine, ont quitté la ferme, se sont mariées. Une couturière était essentielle dans une famille notamment s’il y avait beaucoup d’enfants.

Je note dans cette éducation rurale, le poids de la religion concernant notamment ma sœur aînée, interdite d’église parce qu’enceinte avant le mariage et la sévérité qui s’en est suivie pour nous autres.

Ma sœur Christiane, la cinquième, devait reprendre la ferme de Kerhaérec, mais elle ne voulait pas. Son objectif était d’être ouvrière d’usine. Elle s’est mariée et avec son mari ils ont travaillé à la Papeterie Bolloré. Elle a eu la vie qu’elle voulait avoir, bien mieux qu’en agriculture.

Il en résulte, qu’après quelques mois d’aide-comptable, j’ai dû revenir à la ferme en 1962 et 1963 aider mes parents âgés, sans être déclarée ni rémunérée.

Je me suis mariée en 1963 avec Jean-Claude Le Grand, qui souhaitait reprendre la ferme immédiatement. Devant le refus de mes parents, nous sommes partis à Leuhan gérant d’une exploitation pendant un an et demi.

A la demande de ma mère nous sommes revenus à Kerhaérec où nous avons pris la suite des parents en location. Ceux-ci ont pris une petite ferme à côté. 

J’ai été agricultrice de 1966 à 1990. J’ai travaillé sous la coupe des hommes, père, beaux-frères qui dominaient la situation, mais j’étais tout de même rebelle, n’étant pas d’accord avec leur système de fonctionnement. On s’y fait, on s’y fait !

Nous avons trois enfants :

- Denis en 1963

- Joëlle en 1966

- Martine en 1970

Ils participaient aux travaux de la ferme, mais aucun ne souhaitait en faire un métier.

Cette ferme était quand même un lieu convivial où se retrouvaient les cousins.

On avait 24 ha, avec vaches traitent à la main, cochons à l’ancienne.

On a amélioré les bâtiments. On a développé la vente de porcs charcutiers.

En 71, reprise de la ferme Le Saux avec 13 ha supplémentaires en location.

Donc, idée de réorienter vers la production de vaches allaitantes et taurillons, ce qui a nécessité la rénovation de bâtiments. D’autre part le métier évolue vers une agriculture industrielle : poulaillers, porcheries. Fini la petite production. On a essayé d’améliorer les conditions de travail. On faisait partie de la coopérative et Jean-Claude a participé aux voyages d’études organisés par la Chambre d’Agriculture. Je restais seule sur l’exploitation. Mais je n’avais pas de responsabilité juridique. La banque par exemple avait refusé de me donner les documents à remplir alors qu’avec mon diplôme d’aide-comptable c’est moi qui les remplissait. C’était encore la prépondérance du patriarcat.

Au décès du propriétaire, Monsieur Kerhoas, les choses changent avec l’épouse qui souhaitait vendre.

En 72, demande de construction nouvelle pour moderniser notre exploitation. Accord sous réserve de démolition en cas de départ. Condition inacceptable.

Là commencent les procédures : tentative de conciliation par le Tribunal paritaire. Suivent expertises et audiences.

A l’horizon se profile déjà le projet de Zone Industrielle qui touche une partie de la ferme.

En 74, résiliation du bail, accord pour la vente sur 3 ha. Visite du maire, Monsieur Stéphan. Puis demande sur 11ha. En conciliation (conseil municipal) on obtient que 8 ha soient exclus de la ZAD.

On continue à travailler sous cette pression.

En novembre 74, les propriétaires nous envoient congé par voie d’huissier.

Dans la Z.I. on voit s’élever les constructions (Brévial, Bozec).

La vie de la ferme continue comme si de rien n’était. Cultures de maïs, d’orge et de blés pour nourrir les bêtes. A cette époque on passait beaucoup de temps à biner les maïs.

Il y avait l’entraide pour les moissons, les récoltes avec les voisins (Alain L’Haridon, René Férec, Jean Baraër).

J’ai vécu l’évolution de la ferme traditionnelle à une certaine modernisation, mais le soin porté aux bêtes restait primordial.

Quant au matériel on faisait appel à un entrepreneur, notre matériel était basique.

On n’a pas été affecté par le remembrement. Pas de conflit. 

Une expulsion:

En 88, les Le Grand doivent partir, « exploitants agricoles expulsés » titrent les journaux.

La solidarité s’organise. Grand collectif de soutien des agriculteurs, des syndicats, de la Mairie.

Proposition de rachat de la ferme par la SAFER à 520 000 F. Impossible pour nous.

En juin 89, on arrête l’exploitation, on a à détruire les deux hangars, on en a démoli un, on n’a pas eu le courage de démolir les constructions que l’on avait faites, on a préféré négocier l’achat d’un lopin de terre sur lequel était ce bâtiment.

Grand déchirement, la fin d’une vie à la ferme.

Après, que faire ?

Chacun cherche un autre métier. Pas d’allocation chômage pour les paysans, « les paysans ne sont jamais au chômage ».

On a eu une formation pour se reconstruire dans le milieu professionnel, trois mois chacun.

Jean-Claude a suivi une formation de menuisier au centre FPA et moi une formation d’aide-soignante à 48 ans. A cette époque, nous avions une fille en étude supérieure. 

Le regard sur l’agriculture d’aujourd’hui

Je suis effrayé de voir comment cela fonctionne, c’est tellement loin de ce j’ai vécu. Ma plus belle période c’était l’époque des vaches allaitantes. Ce que l’on faisait avait du sens, on produisait pour nourrir nos bêtes à qui on apportait de l’attention et on produisait de la qualité.

On est allé trop loin. A-t-on besoin de 250 ha pour vivre.

Il faudrait revenir à des tailles moyennes.

On a tout déséquilibré. Il faudrait replanter.

Je n’ai pas d’expérience pour d’autres agricultures.

Si c’était à refaire, je ferai de l’élevage.

 

 

 

 

 

 

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