Stéphane Guillermou - Kerheu


Je suis né le 29 mars 1966 à Quimperlé. J'ai eu mon brevet professionnel agricole en 1984 et à 18 ans ma mère me dit « Tu viens à la ferme! » . Je pensais faire un bac, puis aller à l'étranger, faire des stages, suivre des formations.

Au lieu de cela j'ai été aide-familial pendant quatre ans à la ferme de Kerheu où travaillait déjà ma mère.

Avant 1987 on avait des poules pondeuses. On avait un contrat avec un grossiste à Paris. Il prenait les œufs deux fois par semaine. 20 000 poules ! Cela ne me plaisait pas du tout. Et l’année suivante ma mère arrête les poules et fait en 1989 un premier stage à la chambre d'agriculture sur la transformation de produits laitiers. C'est alors qu’a commencé mon activité actuelle. J'ai commencé à transformer en 1989 et je suis rentré dans le GAEC la même année. 

La suite a été faite de concours de circonstances. 

L'agriculteur qui livrait auparavant du lait sur Quimper a arrêté parce qu'il a eu un autre contrat. Les magasins nous ont appelés pour prendre la suite et nous ont demandé si on pouvait diversifier et agrandit la gamme. Donc on a commencé par les yaourts et ensuite cela a été l'expansion : maintenant à partir du lait de vaches, il y a confection de yaourts, beurre, fromage blanc, camembert, glace, …. On a eu transformé jusqu' 'à 1 million de litres de lait.

Chaque fois qu'on augmentait la transformation, il nous fallait plus de lait, plus de vaches et plus de terre. On est passé de quatorze à trente vaches, de trente à cinquante, puis de cinquante à quatre-vingt et actuellement à 125 vaches. 

En 2000 ce fut le démarrage du bio. La grande distribution nous demande si on ne veut pas faire du bio et on se dit « pourquoi pas ? « Au début entre le bio et le traditionnel rien ne change pour nous.

La transformation a pris tellement d'ampleur qu'il faut qu'on soit en permanence au laboratoire. Il faut embaucher et on a embauché jusqu'à un maximum de dix employés.

Les livraisons tous les jours dans les grandes surfaces du Finistère nous conduisent d'Audierne à Lanester, de Crozon à Morlaix. 

En ce qui concerne les innovations on a fait partie d'une association de Bretagne pour la création d'un nouveau fromage : le Ty Pavez. On était huit agriculteurs à la faire au début.

A un moment les contraintes ont commencé, celles du bio ont été plus importantes que celles du conventionnel, et quelquefois des normes difficiles à comprendre. 

Puis arrive la guerre en Ukraine : donc tous les prix des matières premières s’envolent et le prix du lait en bio se casse la gueule. Là les revenus ont baissé et depuis le 7 décembre 2022 je suis repassé en conventionnel. Et les grandes surfaces ne s'en plaignent pas. 

Et l'avenir ?

Je suis profondément agriculteur mais je déteste manager du monde. Je ne suis pas fait pour cela ! J'ai mis en vente la partie transformation : soit quelqu'un reprend avant la fin de l'année, soit j'arrête et me consacre uniquement à la production laitière.

Repenser le monde agricole semble une nécessité. On peut s'interroger sur ces importations de viande d'Argentine ou du Brésil, ces camions de lait qui viennent d'Allemagne ou d'Espagne ?


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