
Je suis né à Briec, il y a 63 ans, marié et père
de trois garçons. Agriculteur à la suite de mes parents, c’est un métier
passion que je n’ai pas transmis à mes enfants.
Un métier qui souvent, une fois démarré nous
amenait jusqu’à la retraite. Ce qui je pense sera moins vrai avec les nouvelles
générations, les changements de caps étant plus fréquents.
Après une scolarité « classique », j’ai
fait des études agricoles en formation pour adultes. Il s’en est suivi quelques
années de salariat au contrôle laitier pour apporter des appuis techniques aux
agriculteurs.
Au 1er janvier 1987, je prends la
succession de la ferme familiale à la tête d’un troupeau de 35 vaches
normandes. Troupeau issu d’une sélection de plus de 30 ans de labeur de la part
de mes parents qui avaient passés leur vie à améliorer leurs conditions de
travail à la ferme et ainsi faire fructifier leur outil de travail.
A mon installation, pour obtenir des aides, tout
est « organisé », prêt bonifié dans une seule banque, obligation d’un
suivi technique (contrôle laitier) et adhésion aux coops pour fournitures et
autres…Me voilà sur de bons rails !!!
Les alternatives sont minimes et les changements
d’orientation pratiquement impossibles.
Aves la mise en place des quotas laitiers et de
la PAC (politique agricole commune), me voilà embarqué dans un tunnel… une
lumière au bout mais c’est noir autour…
Un système assez pervers est en place, il faut
produire…Les aides sont fixées sur les surfaces.
Difficile de faire autrement, les coops sont
dirigées comme des entreprises (exit le côté mutualiste…), place à l’économie
de marché. Les administrateurs qui ne se fondent pas dans le moule sont « gentiment »
mis sur la touche.
L’avantage du métier c’est que l’on est maitre de
son temps. En EARL avec ma femme pendant une douzaine d’année, on a pu profiter
de voir grandir les enfants bien que je sois toujours au travail…
Ayant une race mixte (lait/viande), j’ai voulu la
valoriser au mieux. Je gardais les mâles pour en faire des taurillons au début
(nourris au maïs ensilage) mais je n’en n’avais pas assez pour avoir le droit à
toutes les aides…j’ai finalement opté pour faire des bœufs à l'herbe. Un élevage
qui rapporte moins aux vendeurs d'intrants agricoles mais qui rend la campagne plus
verte.
Durant ma carrière, j’ai participé à quelques
conseils d’administrations. Mon sentiment, plus c’est grand, moins on a de
pouvoirs dans les décisions prises.
Au plan local, la mise en place d’une CUMA
(coopérative d’utilisation matériel agricole) a permis de remettre du lien
entre les agriculteurs du canton, c’est tout l’intérêt d’une telle structure.
Sans cela, difficile de pouvoir avoir accès au matériel de plus en plus
couteux.
Tout au long de ma carrière, ma réflexion sur l’agriculture
a évolué, au début bien dans le moule malgré moi, je me suis rendu compte que l’on
était que des producteurs de matière premières où on était « l’amortisseur ».
On n’a jamais notre mot à dire : quand on achète, le prix est établi et
quand on vend, on nous fixe le prix, il faut faire avec. La seule porte de
salut c’est de pouvoir être le plus autonome possible dans la production. Pour
ma part c’était d’arriver pratiquement au tout herbe qui permet un équilibre
financier et écologique plus fort.
Une vie dans le monde agricole m’a permis d’évoluer
sur ma façon de voir les choses. Le « toujours plus » a bien des
limites…
J’ai pris ma retraite avec le sentiment de n’être
pas tout à fait allé au bout de ma réflexion, mais comme on évolue tout le
temps. Y arrivera-t-on un jour ???
C’est donc au final sans regret que je regarde le
monde agricole continuer sa route.
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