Je suis né à Quimper le 15 mars 1992. Nous sommes quatre
enfants, mais je suis le seul à avoir souhaité
reprendre l’exploitation de mes parents. Je suis éleveur de vaches laitières et
de brebis viande.
Après l’école primaire et le collège à Briec, je pars au
lycée agricole de St Aubin Du Cormier
préparer un BEP, puis un Bac Pro et enfin un BTS, et après 10 ans d’études agricoles je reviens
dans le Finistère. Salarié agricole, J’effectue alors divers remplacements dans
des structures qui peuvent être très petites ou très grosses, d’un bout à
l’autre du département. J’ai vu différentes façons de travailler, c’était
intéressant.
Je suis marié et j’ai trois enfants dont deux jumeaux qui
viennent de naître. Mon épouse qui était agent administratif à l’hôpital a
quitté son travail pour se consacrer à nos enfants.
Mon père s’est installé en 1986. Rejoint par ma mère en 1989,
élèvent des vaches laitières, des taurillons et des vaches allaitantes. En
1996, ils opèrent une conversion en Bio, suppriment les vaches allaitantes et
les taurillons. En 2000, ils ouvrent un atelier de brebis viande, dont ils
augmentent la production en 2016.
Je continue l’exploitation, telle que le faisait mon père,
mais le 31 décembre 2023, j’arrête le Bio qui ne m’apporte plus rien et dont le
cahier des charges ne me correspond plus. Je ne change pas pour autant mes
pratiques, n’ayant pas l’intention de revenir aux traitements.
Installé depuis le premier janvier 2021, je suis propriétaire
de mes vaches, de mes moutons et de mon matériel, mais pas des terres qui
appartiennent à une indivision. La maison est la propriété de mes parents. Pour éviter toute problématique, j’ai acheté un
corps de ferme et un bâtiment agricole à
côté.
L’exploitation, c’est 60 ha, 55 en herbe et 5 en culture, pour le renouvellement des pâtures, le tout en
location.
Depuis 1991 le séchage du foin se faisait en grange par
ventilation d’air chaud, mais étant donné le coût de l’énergie aujourd’hui,
j’en suis venu aux rounds et à l’enrubannage. Ça représente plus de temps de
travail, 2 h contre 10mn auparavant, sans compter que l’on est plus au sec
lorsqu’il pleut. Mais je m’en accommode. Je ne cultive pas de maïs, mais j’achète
6 tonnes de maïs grain par an.
J’ai une salle de traite (2x3) qui date de 1986.J’ai fait
faire un devis pour une nouvelle, mais le coût s’élevant à 450 000€, j’y
ai donc renoncé, ce n’était pas rentable pour moi.
La traite de mes 35 vaches, essentiellement des
Normandes, et un panachage
d’Armoricaines, de Froment du Léon, et quelques Montbéliardes et
Abondances, me prend 45 mn le matin et 35 mn le soir.
Je bénéficie de l’aide de mon père et de celle de mes frères. L’un d’eux conducteur de grue est
présent le Weekend et aime conduire le tracteur quand il le faut. Lors de la
dernière grosse tempête, 125 arbres sont tombés. Mon père et mes frères ont
géré la coupe du bois, tandis que moi j’étais auprès de ma femme immobilisée par sa grossesse.
Je possède deux anciens tracteurs de mon père et depuis
novembre j’en ai un nouveau.
J’ai du matériel de fenaison mais pas de round baller. Je
confie 50% des travaux agricoles à l’entreprise Hémidy, je préfère privilégier
du temps à ma famille.
Etant en zone blanche, l’accès à l’informatique est
compliqué. Pour les gros dossiers comme la PAC, je sous traite avec une
entreprise. J’arrive à avoir accès à certains services sur internet, à partir
de mon téléphone, lorsque je suis au bourg de Briec. Sinon, je vais directement
à l’organisme dont j’ai besoin, banquier, comptable…
Une journée de travail, c’est en moyenne à l’année 5 heures
par jours, avec selon les saisons des journées de 3 h30 et des journées de 7 h.
Le matin, il faut traire les vaches, les ramener dehors, les
nourrir. Puis je m’occupe de mon troupeau de brebis.
Les vaches sont à l’extérieur 20h par jour du 15 février au
15 novembre. Les brebis, elles sont dehors 24 h sur 24, sauf en période
d’agnelage. Avec 23 brebis, j’ai environ 30 agneaux que je vends à Christophe
Ménez à Briec.
Pour les soins des brebis, je bénéficie de l’aide du
vétérinaire et pour les vaches j’ai les conseils des techniciens du contrôle
laitier. Et il y a les échanges avec les autres agriculteurs. Je confie les
cultures à l’entreprise Hémidy, du labour à la récolte.
J’entretien de bonnes relation avec les exploitations
voisines. C’est chacun chez soi, mais si besoin, il y a de l’entraide.
Actuellement, j’ai une stagiaire, en études dans une école
d’agriculture. Elle se débrouille très bien et est très motivée. J’aurai aimé
la déclarer salariée, mais elle n’a que 15 ans.
Actuellement, trouver un ouvrier agricole est très difficile,
surtout pour une seule journée de travail par semaine.
Mon père m’aide parfois pour la traite quand c’est nécessaire.
La période qui a précédé la naissance de
mes jumeaux, il a assuré la traite pour me permettre d’être présent auprès de
ma femme et de mon fils. Mais il en a fait assez pendant 35 ans et bien que
n’ayant pas perdu la main pour le travail de la ferme, il souhaite passer à
autre chose. C’est bien normal, c’est à chacun son tour.
Certains comptent uniquement sur l’aide des parents, des
voisins, et un jour, ils se retrouvent seuls et complètement démunis. J’ai fait
des remplacements de parents qui blessés ne pouvaient plus aider et qui
assuraient l’équivalent de deux temps pleins alors qu’un ouvrier agricole c’est
8 h par jour.
Le financement de mon installation par le Crédit Agricole, a
été conditionné par une formation à la Chambre d’Agriculture. J’ai alors signé
un engagement de 4 ans pour produire du Bio, mais j’ai rompu ce contrat au bout
de 3 ans, ce qui me vaut aujourd’hui des pénalités. C’était devenu trop
compliqué avec la laiterie .Les conditions de ce groupement de producteurs ne
me permettaient pas de mener une vie de famille telle que je la souhaite.
Je ne suis pas un adepte des énergies renouvelables et je
n’ai pas fait installer de panneaux solaires. Je n’ai pas la maîtrise des
nouvelles technologies, je suis un producteur de lait et de viande qui sont ma
source de revenus avec bien sûr la PAC pour une part non négligeable. L’idéal
serait que les charges baissent, mais alors les revenus baissent aussi et on ne
peut plus réinvestir. Aujourd’hui quand
les jeunes sont en difficultés
financières, ils préfèrent s’arrêter. Ce n’est plus un tabou, il vaut mieux
changer de métier.
Pour la tonte de mes brebis, je fais appel à un professionnel
qui est beaucoup plus rapide que moi.Il met 15 mn par brebis pour 4 €. Je
laisse la laine. De plus il peut repérer une anomalie chez la brebis.
Pour le lait, je suis adhérent à la coopérative Sodial et je
ne fais partis d’aucun syndicat, je n’en ai pas le temps.
Ma vocation d’agriculteur s’est révélée très jeune. A 3 ans
j’avais déjà l’ambition de reprendre la ferme de mon parrain, j’ai repris celle
de mes parents.
Je donnerais comme conseil à un jeune qui souhaite
s’installer, d’aller faire un autre métier, de voir d’autres cultures, d’autres
systèmes.
Autrefois être agriculteur n’était pas forcément plus simple.
On trouvait plus facilement de la main d’œuvre, mais la mécanisation a facilité
le travail. C’est le même métier mais exercé différemment.
Aujourd’hui les contraintes sont moins physiques, mais elles
sont d’ordre psychologique. Les factures qui font objet de rappel si elles ne sont
pas payées à l’heure. Aujourd’hui, tout est lié à la règlementation.
Il y a des technocrates qui passent leur temps à tout
calculer. C’est vrai aussi qu’il y a eu
des abus autrefois mais on tombe dans l’excès inverse.
Après le remembrement et des échanges parcellaires, mon père
à planté 2 km de haie. Aujourd’hui, c’est 12 km que je dois entretenir, mais on
ne trouve plus personnes pour venir couper le bois, Il faut déposer un permis
de travaux et une demande à QBO. C’est très compliqué si l’on veut embaucher de la main d’œuvre. Il
faut être dans les règles avec les assurances, avec les différents organismes.
C’est stressant et ne donne pas envie d’embaucher.
L’évolution de l’agriculture est problématique. Aujourd’hui,
des entreprises peuvent acheter des droits Carbone. Je pourrais le faire,
vendre mes droits, mais éthiquement, je n’adhère pas à cette pratique.
Si demain les
éleveurs, les agriculteurs arrêtent, les terres tomberont en friche, comme
certaines déjà et la nature va reprendre ses droits, la faune sauvage nous
envahir, notamment les sangliers.
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